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ENTRETIEN
"Mamie dans les orties" : le podcast qui donne la parole à nos grands-mères
Imaginé par Marion et Héloise, deux amies amatrices de podcasts et de belles histoires, "Mamie dans les orties" est un podcast touchant qui donne la parole à nos grands-mères. Elles y partagent leurs expériences en toute liberté !
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Nos grands-mères ont beaucoup de belles histoires et d’anecdotes à nous raconter sur notre époque et son évolution depuis un siècle, voir plus. C’est l’objectif du podcast imaginé par Marion de Boüard et Héloïse Pierre : “Mamie dans les orties”.

Elles sont devenues amies durant leurs études. Marion a ensuite travaillé en production audiovisuelle et Héloïse a monté sa société, Topla, qui développe des jeux pour les enfants dans l’univers des mathématiques et de l’égalité fille-garçon.

Chaque épisode de leur podcast est un véritable voyage dans le temps ! Via des échanges et des rencontres en toute simplicité, elles partent a la découverte de ce que signifie réellement “être une femme dans la seconde moitié du XXème siècle” et comment l’évolution des droits des femmes a transformé la vie de nos grands-mères. Au fil des portraits, on écoute les confessions des premières femmes qui ont eu le droit de voter, d’avoir un chéquier à leur nom, de divorcer ou encore d’avorter. 

Des témoignages forts, touchants et parfois amusants. Marion a accepté de prendre le temps de répondre à nos questions pour mieux nous présenter ce beau projet.

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Marion et Héloise

“Mamie dans les orties” est un podcast imaginé par Marion et Héloïse, avec tout plein de super mamies et beaucoup d’amour.

Le site web : Mamiedanslesorties.co
Twitter : Twitter.com/mamiepodcast

ZeeBox : Comment vous êtes-vous connues ? Comment a débuté l’histoire de “Mamie dans les orties” ?
Marion Boüard : Avec Héloïse nous nous sommes connues pendant nos études. L’idée est née fin 2018, nous faisions toutes les deux une marche pour le climat, nous réfléchissions à plein de choses, notamment à certaines menaces pour les droits de la femme dans le monde car il y avait Donald Trump aux États-Unis et Jair Bolsonaro au Brésil. Et l’avortement était, à certains endroits du monde menacé. Donc nous nous posions des questions sur tout ça. À ce moment-là nous écoutions aussi beaucoup de podcasts féministes et nous nous sommes rendues-compte que nous ne connaissions pas les histoires de nos grands-mères, même de nos propres grands-mères. En l’occurrence, la mienne a fait un avortement clandestin et je lui racontais que je venais de l’apprendre, alors que j’aurais pu le savoir depuis longtemps. Donc nous nous sommes dit qu’il était absolument nécessaire et indispensable d’écouter nos grands-mères et de leur donner de la parole parce qu’elles l’avaient très peu eu. C’est donc parti de là et nous aimions beaucoup le format audio, le podcast, et l’idée d’aller chez elles pour les enregistrer c’était quelque chose qui nous parlait beaucoup et nous avons commencé avec ma grand-mère.

ZeeBox : Aviez-vous produit d’autres podcasts auparavant ?
Marion Boüard : Non jamais, c’était vraiment la première fois. J’ai travaillé à la radio un petit peu, à France Inter, mais je travaillais à la production de l’émission donc l’aspect technique je ne le connaissais pas. Donc nous avons appris le montage en le faisant.

ZeeBox : Comment trouvez-vous tous ces témoignages ?
Marion Boüard : Nous avons commencé justement en interrogeant nos propres grands-mères parce qu’au début nous voulions tester le format. Et de fil en aiguilles, c’est assez marrant nous avons testé les grands-mères de nos amis et puis ce sont des réseaux, c’est-à-dire qu’en rencontrant une grand-mère, elle disait souvent « ah mais j’ai une copine qui a une histoire super » du coup de fil en aiguille ça s’est fait comme ça. Par exemple Françoise et Catherine, qui sont parmi nos premiers épisodes ça s’est vraiment fait comme ça.

Ensuite, comme ça a bien fonctionné, que nous avions un compte Instagram qui était de plus en plus suivi et que nous avions des retours très positif d’auditrices et d’auditeurs, des gens nous ont proposé des grands-mères. Et c’est comme ça notamment que nous avons rencontré Dora qui était rescapée d’Auschwitz et je pense que nous ne l’aurions jamais rencontré autrement. C’est arrivé parce que sa petite fille nous a écrit et nous a dit « j’ai une grand-mère qui a une histoire exceptionnelle et je pense que ça serait intéressant ».

Donc maintenant c’est quasiment que les auditrices et auditeurs, et nous faisons aussi beaucoup d’appels à témoignage parce qu’il y a des profils en particulier que nous recherchons et que nous avons du mal à trouver, mais ça c’est un autre sujet encore.

ZeeBox : Justement, dites-nous quels types de profils recherchez-vous actuellement ?
Marion Boüard : Nous avons cherché activement des femmes issues de l’immigration. Nous cherchons des femmes noires, d’Afrique noire, ou du Maghreb, c’est difficile à trouver parce que soit elles ne sont plus en France, soit elles ne parlent pas français, ou soit ce sont des femmes des fois qui sont très pudiques, qui n’ont pas forcément envie de parler et c’est aussi un gros critère pour nous, qu’elles soient à l’aise devant un micro.

Ensuite, parmi les différents profils que nous recherchons, nous cherchons une femme qui aurait eu une histoire d’amour avec une femme, une femme lesbienne ou en tout cas qui aurait vécu une histoire avec une femme. C’est vraiment un profil que nous voudrions trouver.

Nous aurions aimé aussi avoir des femmes qui ont monté des entreprises et qui ont vraiment eu une carrière professionnelle mais en tant qu’entrepreneuse. Aussi des femmes ouvrières, ou mineures dans le nord de la France mais je ne sais pas s’il en reste beaucoup.

Notre saint graal aurait été de trouver une femme résistante, nous aimerions aussi avoir une femme centenaire. Et une femme aussi qui aurait été détenue en prison, nous aimerions si c’est possible de trouver.

“Nous nous sommes rendues-compte que nous ne connaissions pas les histoires de nos grands-mères, même de nos propres grands-mères.”

ZeeBox : Quels sont les retours d’expérience des séniors qui ont participé justement à vos podcasts ?
Marion Boüard : Elles sont super contentes. En fait, il faut quand même savoir que ce sont des femmes qui vivent seules, isolées, qui reçoivent peu de visites parce qu’en réalité, la fin de vie pour une femme est très souvent seule, les femmes en général survivent à leurs maris, c’est-à-dire qu’elles finissent leurs dernières années seules.

Donc elles ont peu de visites, elles sont souvent isolées, surtout en ce moment, donc c’est vrai qu’elles sont super contentes que nous venions, que nous nous intéressions à elles, que nous leur posions des questions, de raconter leur vie et très souvent elles ont été très touchées et très émues.

Après, elles ont du mal à se rendre compte de ce que c’est en podcast, elles ne connaissent pas très bien le format donc ce n’est pas forcément évident. Je ne suis pas sûre qu’elles aillent s’écouter derrière, pour certaines oui, j’en connais qui écoutent les autres épisodes avec d’autres mamies, mais très souvent c’est juste le fait de passer du temps ensemble et nous gardons un peu contact après aussi ce qui fait que ça leur plaît beaucoup.

ZeeBox : Vous essayez de créer un moment un peu particulier à chaque fois ? Vous les rencontrez dans un endroit particulier ?
Marion Boüard : Oui, nous allons chez elles, nous voulons vraiment aller chez elles, en tout cas autant que possible, parce que l’idée c’est vraiment d’être dans leur intimité, qu’elles soient à l’aise et que nous prenions le temps. Nous prenons en général un après-midi, ça peut être deux / trois heures, ça va dépendre du temps qu’elles ont et du temps que nous avons. Et puis aussi c’est chouette parce que parfois elles ont des photos à nous montrer, des choses à commenter, des objets de chez elles, c’est intéressant de voir leur univers et de le découvrir aussi en y allant.

ZeeBox : Il y a déjà plus d’une trentaine de témoignages différents, vous vous attendiez à un tel succès ?
Marion Boüard : Honnêtement, pas du tout, déjà nous faisons ça à côté de nos travails respectifs, ce n’est pas notre métier, donc nous l’avons fait comme ça, nous ne nous attendions pas en fait à ce que ça prenne comme ça.

Je pense que ce qu’il s’est passé c’est que nous sommes arrivées entre guillemets au bon moment, c’est-à-dire qu’aujourd’hui le marché du podcast est quand même un peu saturé enfin il y a beaucoup de choses qui se font. C’est vrai que cette idée là que nous avons eu, elle n’existait pas et je pense qu’elle a surtout ému beaucoup de gens et elle a touché beaucoup de femmes. Mais surtout, je pense qu’elle touche toutes les générations c’est ça qui fait que ça fonctionne bien. C’est-à-dire qu’elle touche autant la génération de nos grands-mères qui aiment entendre des femmes de leur génération, que la génération de nos mères qui aiment entendre leurs mères et pour nous ce sont nos grands-mères. Nous avons beaucoup de retours d’auditrices qui nous dise « c’est génial parce que j’ai perdu mes grands-mères, j’aurais adoré partager ce moment avec elles, je ne l’ai pas fait et je revis à travers ces récits l’histoire de ma propre grand-mère » et c’était vraiment notre but. C’était vraiment de toucher, d’émouvoir et d’informer, car il y a aussi cette dimension. Donc effectivement nous ne nous attendions pas du tout à cette ampleur et il se trouve qu’on vient de sortir un livre, qui est dérivé du podcast et c’est un auditeur qui est venu nous chercher, nous n’avons pas du tout créé cette opportunité.

ZeeBox : Si vous deviez choisir un témoignage, qui vous a marqué, ou qui vous a beaucoup ému, ce serait lequel ?
Marion Boüard : En général nous aimons bien parler de celui de Catherine parce que Catherine est une femme qui aujourd’hui doit avoir 94 ans je pense, et elle est réfugiée de la guerre d’Espagne, elle a donc fui l’Espagne sous Franco, elle est arrivée en France et elle a vécu une vie assez incroyable. Sa famille a subi beaucoup de violences en Espagne, elle, elle est arrivée en France et a dû être confrontée à l’arrivée dans un pays nouveau, elle a dû être confrontée aux regards des hommes. Autant sa vie du point de vue de l’histoire est passionnante que du point de vue de son rapport aux hommes, du point de vue de son rapport au travail, elle voulait monter une librairie, et aujourd’hui elle vie avec un homme dont elle n’est pas vraiment amoureuse, mais qui est son mari depuis 50 ans peut-être.

Elle a eu une histoire d’amour avec quelqu’un qui faisait du tango, elle dansait avec lui et elle n’a jamais été au bout de cette histoire et ça nous a vraiment bouleversé, quand nous étions chez elle, qu’elle nous racontait ça, qu’elle vit encore avec un mari qu’elle n’aime pas vraiment, en tout cas une histoire qu’elle n’a pas vraiment choisie. Tout fait que c’est vraiment une personne qui nous a énormément touchée et beaucoup émue et c’est un récit que nous aimons vraiment beaucoup.

ZeeBox : Et son mari est toujours vivant ?
Marion Boüard : Oui son mari est toujours vivant et il vit toujours à ses côtés. C’est l’une des rares d’ailleurs.

ZeeBox : Mais il entendait tout ce qu’elle disait du coup ?
Marion Boüard : En fait la rencontre était très étonnante, parce que nous sommes allées chez elle et elle a commencé à nous parler, elle nous racontait sa vie, et au bout d’un moment, son mari est rentré et là il y a comme une sorte de malaise qui s’est installé. En plus nous posons beaucoup de questions sur la vie de femme, si elles arrivent à nous répondre nous parlons aussi de sexualité, nous parlons d’amour, de mariage et de tout ce qu’il y a autour. Donc au bout d’un moment, nous avons senti qu’elle n’était pas très à l’aise et elle nous a demandé si nous pouvions aller dans sa chambre. Nous sommes allées dans sa chambre et nous avons donc fini l’interview assises sur son lit. C’était très étonnant et c’était extrêmement émouvant de l’entendre à la fin dire à demi-mot « je regrette cette vie-là, je regrette de ne pas avoir vécu le grand amour ». Et pour nous c’était vraiment très fort.

ZeeBox : Oui, ce sont des témoignages de différentes époques et de différents comportements aussi.
Marion Boüard : Exactement, une des choses qui nous a le plus marqué ce sont ces histoires d’amour parfois merveilleuses et parfois complètement subies. Et puis le rapport au mariage qui est quand même un passage obligatoire, et qui dit mariage dit, à leur époque, enfant immédiatement. Souvent, elles nous disent « j’ai quand même fait en sorte de ne pas me marier tout de suite parce que me marier c’était devenir mère, c’était sans transition ». Elles n’ont pas choisi en général le timing, elles n’ont pas choisi tout ça donc nous mesurons la chance que nous avons de pouvoir choisir avec qui nous avons envie d’être et d’avoir la contraception c’est quand même une chance.

ZeeBox : Parmi tous ces témoignages, avez-vous une anecdote amusante ou un témoignage qui vous a fait beaucoup rire ?
Marion Boüard : J’ai beaucoup d’anecdotes amusantes, par exemple, Maryse nous a raconté quand elle a fêté la sainte Catherine, puisque c’est l’une des rares à s’être retrouvée célibataire à 25 ans, au travail ils lui ont fait porter le chapeau des catherinettes, un énorme chapeau tissé avec des oiseaux dessus ou des couronnes de fleurs, et elle est sortie danser avec ses copines jusqu’au bout de la nuit et puis à la fin un de ses cavaliers a voulu la raccompagner et elle lui a dit d’accord mais elle lui a dit aussi de ramener toutes ses copines du coup il était super déçu, toutes ces anecdotes nous font rire. Il y a aussi Marianne qui est suédoise, donc qui est immigrée de Suède, qui était coiffeuse sur les bateaux de croisières, c’est aussi un parcours complètement fou, elle a décidé de partir être coiffeuse sur les bateaux de croisières. Et elle nous racontait qu’elle s’est mariée avec un français qui était capitaine d’un bateau sur lequel elle travaillait, elle est arrivée en France et elle nous a raconté des histoires au salon de coiffure dans le 17ème arrondissement à Paris, où au lieu de dire « cou » elle disait « cul » aux clientes qui étaient des clientes un peu huppées donc un peu riches, et voilà elle avait pleins de petites histoires comme ça amusantes qu’elle nous a raconté.

ZeeBox : A votre avis, quelles seraient les solutions pour améliorer le lien social entre les générations selon vous ?
Marion Boüard : C’est une super question, je pense qu’il y a beaucoup d’initiatives qui se font en ce moment pour ça et je trouve que c’est super. Nous avions été contactées par une startup de filles qui ont monté une boîte où elles vont créer des crèches dans les EHPAD. Elles font en sorte que tous les résidents et les résidentes gardent les enfants et du coup créent du lien intergénérationnel. Je trouve que ce sont des initiatives qui sont géniales, c’est rare, et nous le podcast il est parti de ce constat, nous ne nous parlons pas, on a une sorte de mépris des séniors, enfin nous ne voulons pas voir la vieillesse

Je ne sais pas ce que nous pourrions faire, je ne sais pas s’il faudrait mettre en place des réseaux de correspondance pour écrire à des personnes isolées ou les appeler, je sais que ça se faisait pendant le confinement par exemple.

Ensuite, leur donner la parole, je pense que c’est important, écouter leurs histoires, les écouter, mais c’est quelque chose que nous ne faisons pas parce que nous vivons vite. Nous ne prenons pas le temps alors qu’en réalité ça nous enrichirait énormément, mais la démarche n’est pas évidente. Je pense que toutes ces sortes d’initiatives, ces formes de réseaux sont riches.

Multiplier les initiatives et tendre l’oreille aussi pour écouter leurs histoires car ils ont beaucoup de choses à nous apprendre.

ZeeBox : Merci beaucoup de nous avoir accorder cet entretien et bonne continuation à vous deux !
Marion Boüard : Merci, c’est gentil ! 

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